Questions à Nathalie Brevet et Hughes Rochette

Explorer l’Art au Croisement du Temps, du Territoire et de l’Expérience

Nathalie Brevet et Hughes Rochette développent une pratique artistique qui interroge les interactions entre espace, architecture, perception et temporalités. Plutôt que de figer un lieu dans son passé, leur approche se structure autour d’une relecture dynamique du temps, où passé, présent et devenir se superposent et dialoguent.

Leur travail s’inscrit dans un processus de co-construction avec les espaces qu’ils investissent, engageant à la fois les matières, les habitants et les usages. Chaque projet est pensé comme un échange entre l’art et le territoire, une tentative de révéler l’essence cachée des lieux à travers des gestes artistiques tantôt discrets, tantôt monumentaux.


Une Démarche basée sur l’Expérience et l’Observation des Singularités

Plutôt que de s’appuyer uniquement sur l’histoire d’un lieu, le duo privilégie une approche centrée sur les récits et les caractéristiques uniques de l’espace. Leur lecture fine des contextes se traduit par des installations in situ, pensées à partir de ce qui s’y trouve déjà : les matériaux, la topographie, les usages et les empreintes visibles ou invisibles d’un espace.

Leur démarche s’appuie sur un travail de mise en récit et d’intervention plastique qui dialogue avec l’environnement immédiat. Ils créent ainsi des œuvres qui interrogent la densité des espaces et la manière dont nous les habitons.

Depuis quelques années, leur réflexion se rapproche des travaux d’Alan Sonfist et Nancy Holt, notamment sur la manière dont l’art peut travailler avec l’existant et avec un minimum d’intervention, en jouant sur la relation entre nature et culture. Leur travail explore cette tension entre ce qui est perçu comme un élément « naturel » du paysage et ce qui est une construction culturelle et historique du lieu. À travers leurs installations, ils établissent des connexions entre ces deux dimensions, cherchant à rendre visible ce dialogue souvent imperceptible.


Création à Quatre Mains : Une Dynamique de Complémentarité et d’Entre-deux

Travaillant en duo, Nathalie Brevet et Hughes Rochette construisent leur travail sur une écriture artistique partagée, où chaque projet devient un espace d’échange, de friction et d’hybridation. Cette dualité se retrouve plastiquement et conceptuellement dans leurs œuvres, qu’il s’agisse d’installations jouant sur des tensions spatiales ou de dessins lumineux où des lignes symétriques entrent en résonance, créant des points de bascule, ces moments d’équilibre précaire où l’œuvre oscille entre différentes lectures.

Ce qui les intéresse particulièrement, c’est l’ « espace aentre », un espace intermédiaire qui n’est ni fixe ni stable, où l’on passe d’un état à un autre. Jouer avec cette notion permet d’explorer les interstices, les seuils et les tensions entre visible et invisible, naturel et construit, présence et absence.


Cantaloop 15 : Inscrire l’Art Contemporain dans un Paysage Rural

Leur participation à Cantaloop 15 s’inscrit pleinement dans cette exploration de la manière dont l’art peut habiter un territoire rural. Dans un contexte où l’art contemporain est parfois perçu avec distance ou incompréhension, ils envisagent ce projet comme une expérience partagée qui dépasse les cadres traditionnels de l’exposition.

À cette occasion, Nathalie Brevet et Hughes Rochette partageront l’espace d’exposition avec Séverine Hubard, dont le travail questionne également la transformation des espaces et des structures architecturales. Cette cohabitation artistique crée un dialogue entre des approches complémentaires, où chaque intervention vient enrichir la lecture du site et de son contexte.

Ils sont particulièrement attentifs aux enjeux de médiation, conscients que certaines expériences passées en art contemporain ont pu susciter de la méfiance dans le public local. En dialogue avec les habitants et les acteurs du territoire, ils cherchent à concevoir une intervention à la fois immersive et lisible, évitant l’écueil d’un art trop hermétique ou autoréférencé.

L’enjeu principal du projet Cantaloop 15 pour eux est de démontrer que l’art peut être un outil de lecture alternative du territoire, une manière de révéler des paysages et des dynamiques spatiales souvent laissées dans l’ombre.

À travers cette invitation, ils aspirent à construire un dialogue entre artistes et habitants, en créant des œuvres qui s’intègrent et interagissent avec le contexte, tout en lui apportant une nouvelle perception sensorielle et narrative.